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  • Auteur: Nathalie Sarraute
  • Editeur: Editions Gallimard (29 mai 2016)
  • Pages: ‎ 278 pages
  • Langue: Français

Description du livre Enfance (2022):

Ce livre est écrit sous la forme d'un dialogue entre Nathalie Sarraute et son double qui, par ses mises en garde, ses scrupules, ses interrogations, son insistance, l'aide à faire surgir "quelques moments, quelques mouvements encore intacts, assez forts pour se dégager de cette couche protectrice qui les conserve, de ces épaisseurs [...] ouatées qui se défont et disparaissent avec l'enfance". Enfance passée entre Paris, Ivanovo, en Russie, la Suisse, Saint-Pétersbourg et de nouveau Paris.

Un livre où l'on peut voir se dessiner déjà le futur grand écrivain qui donnera plus tard une œuvre dont la sonorité est unique à notre époque.



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Enfance /Nathalie Sarraute
Nathalie Sarraute, de son vrai nom Natalia (ou aussi Natacha) Tcherniak est née à Ivanovo en Russie en 1900 et morte à Paris en 1999. Elle devint l’une des figures du Nouveau Roman avec la publication en 1956 de son roman « L’ère du soupçon ».
Présentement, il s’agit d’un récit autobiographique concernant son enfance mouvementée. Née au sein d’une famille de la bourgeoisie juive assimilée, famille bientôt déchirée par un divorce quand elle a deux ans, elle est ballottée entre sa mère en Suisse puis en France et en Russie et son père à Paris, chacun ayant refait sa vie, sa mère à Saint - Pétersbourg et son père à Paris. La vie chez son père avec Véra sa belle-mère est très mal vécue par l’enfant entre 1909 et 1917 et constitue l’essentiel de ce récit écrit sous la forme originale d’un dialogue entre Nathalie et son double, sa conscience en somme, qui la met souvent en garde et exprime des scrupules, s’interroge sur la conduite à adopter dans les situations difficile qui ne manquent pas. Une voix assume la conduite du récit et l’autre est la conscience critique.
L’absence de sa mère notamment la fait souffrir et quand elle se remémore plus tard tous ces souvenirs, sa mère n’apparaît jamais. Nathalie s’interroge sur la vraie nature de sa mère qui est froide et distante avec elle, et qui finira par l’abandonner à son père quand elle a neuf ans. Et puis elle évoque cette petite Lili, sa demie sœur qu’elle qualifie de petit être criard, hagard, insensible, malfaisant, un diable, un démon…dont elle est jalouse, couvée qu’elle est par sa mère, Véra.
Ce n’est que bien plus tard qu’elle renouera avec sa mère.

Publiée en 1983, cette autobiographie écrite dans un style fluide et vivant se lit très facilement et couvre les onze premières années de la vie de Nathalie. C’était l’époque où à l’école on apprenait par cœur les départements français avec leur préfecture et sous préfectures, les capitales des états, les règles de grammaire, les fables de La Fontaine, les dates des grandes batailles de l’Histoire (Poitiers, Marignan, Austerlitz… etc. Époque qui a duré jusque dans le années 60 et que j’ai bien connue.
Un témoignage émouvant de cette enfance tourmentée qui voit déjà naître une vocation d’écrivain pour la jeune Natalia qui en a conscience, passionnée par la rédaction de ses devoirs de français pour lesquels elle ne vise que la meilleure note et par la lecture de tous les livres qui lui tombent sous la main. Partagée entre son âme russe et son cœur français, elle est une enfant sensible et son imagination n’a pas de limite. Joies et déceptions se succèdent souvent au gré des paroles des adultes qui peuvent réjouir ou blesser.
Pour elle son enfance cesse le jour où elle entre au lycée Fénelon.
Une très belle autobiographie d’une enfance subtilement évoquée avec nuances et élégance.
5/5