1001Ebook » Nature, animaux et jardinage » Face à Gaïa (Les empécheurs de penser en rond) (2022)
  • Auteur: Bruno Latour
  • Editeur: ‎ Empêcheurs de penser rond (8 octobre 2015)
  • Pages: ‎ 485 pages
  • Langue: Français

Description du livre Face à Gaïa (Les empécheurs de penser en rond) (2022):

À cause des effets imprévus de l'histoire humaine, ce que nous regroupions sous le nom de Nature quitte l'arrière-plan de notre décor séculaire et monte sur scène, au premier plan. L'air, les océans, les glaciers, le climat, les sols : tout ce que nous avons rendu instable, interagit avec nous. Gaïa est le nom du retour sur Terre de tout ce que nous avions envoyéoff shore. Nous sommes ces Terriens, qui se définissent politiquement comme ceux qui se préparent à regarder Gaïa de face.
James Lovelock n'a pas eu de chance avec l'hypothèse Gaïa. En nommant par ce vieux mythe grec le système fragile et complexe par lequel les phénomènes vivants modifient la Terre, on a cru qu'il parlait d'un organisme unique, d'un thermostat géant, voire d'une Providence divine. Rien n'était plus éloigné de sa tentative. Gaïa n'est pas le Globe, n'est pas la Terre-Mère, n'est pas une déesse païenne, mais elle n'est pas non plus la Nature, telle qu'on l'imagine depuis le XVIIe siècle, cette Nature qui sert de pendant à la subjectivité humaine. La Nature constituait l'arrière-plan de nos actions.
Or, à cause des effets imprévus de l'histoire humaine, ce que nous regroupions sous le nom de Nature quitte l'arrière-plan et monte sur scène. L'air, les océans, les glaciers, le climat, les sols, tout ce que nous avons rendu instable, interagit avec nous. Nous sommes entrés dans la géohistoire. C'est l'époque de l'Anthropocène. Avec le risque d'une guerre de tous contre tous.
L'ancienne Nature disparaît et laisse la place à un être dont il est difficile de prévoir les manifestations. Cet être, loin d'être stable et rassurant, semble constitué d'un ensemble de boucles de rétroactions en perpétuel bouleversement. Gaïa est le nom qui lui convient le mieux.
En explorant les mille figures de Gaïa, on peut déplier tout ce que la notion de Nature avait confondu : une éthique, une politique, une étrange conception des sciences et, surtout, une économie et même une théologie.



Commentaires

Le livre est incontestablement difficile à lire. Bruno Latour use sans restriction des concepts abstraits de la philosophie. A l’instar de beaucoup de philosophes et sociologues il crée des mots dont le sens précis n’est jamais très clair, même si on le devine d’après le contexte. S’ajoute à cela une démonstration qui n’a rien de cartésienne. Latour opère par flash. Sur le champ on n’en décèle pas la logique. A la fin du livre ou de la conférence on s’aperçoit que chaque flash était un élément d’un puzzle. La pensée de Latour apparaît alors avec intensité. Il relève que face à l’Homme la nature n’est pas inerte. Elle est si peu inerte qu’elle réagit aux actions de l’Homme avec la violence que nous subissons aujourd’hui. Mais la Nature n’est pas non plus une entité. Elle est composée d’une infinité d’agents dont chacun a sa capacité d’action. Ces agents rétroagissent entre eux. Il peut en résulter une certaine stabilité. Mais l’autorégulation au niveau des parties, lorsqu’elle a lieu, ne veut pas dire qu’il y a une autorégulation au niveau du tout. La Terre n’est pas un système pré-ordonné et régulé. C’est pourquoi le système peut se dérégler. C’est ce qui se passe avec le réchauffement de la Terre qui peut engendrer une boucle de rétroactions et devenir immaîtrisable. Si l’on veut éviter la catastrophe tous les acteurs qui agissent sur cette Terre doivent coordonner leurs actions pour trouver le modus vivendi. Dans cette confrontation devront apparaître dans leur diversité et avec leurs intérêts aussi bien les humains (le paysan africain comme l’habitant d’une métropole américaine) que les éléments de la nature (forêts, océans, zones humides). Pour être entendus les éléments de la nature devront être représentés par des humains. Les humains devront fixer des limites à leur activité afin de sauvegarder leur environnement indispensable. Ces limites doivent être volontairement et politiquement décidées.


5/5